lundi 15 août 2011

POUR QUI ROULE ALJAZEERA, la chaîne TV Qatari ? Ou le parti pris de cette chaîne de rouler pour Ghannouchi !


Article publié dans : Kapitalis et dans Ifriqya Magazine   
                                                                                                       
Durant le mois de Ramadan, Aljazeera chaîne e télévision Qatari, passe une série de documentaires sur la "hij'ra" (migration) du prophète Mohammed de la Mecque à Médine. Cette émission conçue comme un documentaire « scientifique » faisant appel à des archéologues, des chercheurs, donne la parole aussi à des oulémas pour corroborer les découvertes des chercheurs avec ce que la tradition orale a rapporté à propos de cette migration qui marquera le début du calendrier musulman « l’hégire ».


Parmi les intervenants, elle fait la part belle à un certain Ghannouchi ! On peut se demander à quel titre ? En tant qu'historien ou en tant qu’homme politique en lice pour des élections dans son pays après la révolution du jasmin ? Il n’est à ce que je sache ni historien ni archéologue pour venir commenter les découvertes de chercheur dans un documentaire qui se veut "scientifique" et sérieux.
Dans tout le monde arabe, cette chaîne n'a rien trouvé de mieux et de plus compétant qu'un simple professeur de lycée, elle qui nous a habitué à faire appel aux personnalités les plus compétentes dans leur domaine ?

D’ailleurs depuis le retour de Ghannouchi de son exil londonien, la chaîne lui accorde une place de choix à chaque fois qu’elle veut traiter de la révolution tunisienne. Certain même l’accuse de devenir le porte drapeau de l’islamisme !
Voici ce qu’en dit le journaliste Tawfik Ben Brik : « Certains lui reprochent son discours religieux et un parti pris islamiste. Lors des derniers évènements, la chaîne a organisé une véritable manœuvre de parachutage, qui a laissé plus d’un téléspectateur pantois. On y voyait passer tout au long des émissions et des journaux télévisés des militants islamistes ou d’obédience islamiste. Dans l’émission Sans frontières, la part du lion a été réservée à Rached Ghannouchi, le leader islamiste du mouvement Ennahdha. «Cette émission a été spécialement confectionnée pour habiller le retour tant attendu du Cheikh sur le devant de la scène. Les autres intervenants, Sihem Ben Sedrine (journaliste et militante des droits de l’homme) ou Abdelbari Atwan, font figure de garniture. Une mise en valeur de la pièce maîtresse», dit Jalel Zoghlani, l'unique avocat du barreau, interdit d’exercer par Ben Ali. » 

Est-ce çà la neutralité de ce média ?

Ou n'est-ce pas tout simplement la preuve que la chaîne obéit aux intérêts de ses financeurs en l’occurrence celles des princes du Golfe et d'Arabie Saoudite qui veulent installer leur poulain pour s'assurer leur main mise sur la Tunisie !!!!
D'ailleurs depuis le début des révoltes dans le monde dit "arabo-musulman", le parti pris des journalistes d'Aljazeera d'enfoncer les dictateurs "républicains" et de ménager les dictateurs "monarchiques", est flagrant ! "Quelques voix s’inquiètent déjà du fait que la chaîne ait couvert à minima les émeutes au Bahreïn, la monarchie voisine. Son tout-puissant mécène, le cheikh Al-Thani, redouterait-il une propagation de la révolution dans le golfe Persique, le paradis de la pétro-finance ?" 

Autrement, comment se fait-il que les journalistes d'Aljazeera nous inondent du moindre détail et des tenants et des aboutissants à propos de chaque événement dans les "républiques" en révolte, alors qu'ils distillent l'information sur Bahreïn dont ils ne nous ont jamais détaillé l'intervention militaire de l'Arabie Saoudite sur son territoire ! Curieux, non ? Voilà une chaîne pour laquelle le Qatar n’existe pas. C’est l’omerta totale sur ce pays dont le prince la finance. Cet Emirat comme d’autres pays de la région sont «intouchables» vu les informations qu’elle en donne au compte goutte alors qu’elle développe jusqu’à l’écœurement les informations concernant les républiques dite arabo musulmanes. Curieux, non ?
Voici ce qu'en dit Farid Al-Assaad de REUTER: « A mesure que le "printemps arabe" se rapproche du Golfe, Al-Jazeera se fait de plus en plus prudente. La Syrie a été évoquée, mais beaucoup moins que le reste de la région. » (Voir lien :  ; preuve que la chaîne pratique la régle de deux poids deux mesure !
Alors que pour le Bahrein pourtant tout proche, L'effet magique d'Al Jazeera, accélérateur du processus révolutionnaire, se serait dissipé aux frontières de l'île, au grand dam de l'opposition bahreïnie qui se déclare trahie par la chaîne. 

Sous couvert de neutralité et derrière une façade "occidentalisée" de ses présentateurs inspirant la confiance, le professionnalisme et donc la neutralité; en réalité ce n’est que pour donner le change car cette chaîne fait du prosélytisme islamiste, notamment au niveau des vêtements de ses présentatrices
.
Cinq d’entre elles viennent de démissionner parce  qu’on leur demandait de s’habiller de manière plus "convenable".
Voilà une chaîne qui se veut neutre, qui prétend respecter une déontologie , mais qui accorde une émission d’une heure à Youssouf al-Qardawi, grand théologien sunnite intitulée, on ne peut plus clairement prosélyte, "la sharia et la vie" ! 

Comme si la pub faite par Aljazeera à Ghannouchi en le faisant participer à leur documentaire ne suffisait pas, elle l'a choisi aussi dans l'extrait qu'elle passe en boucle pour faire la pub à son émission. De même qu'elle fait appel à lui par téléphone pour intervenir dans d'autres débats de toutes sortes. Quand on connait l'impact de l'image et du son, on comprend mieux les intentions d'Aljazeera ou du moins de ses financeurs !
Ce média n'est qu'un outil de propagande qui veut influer sur le cours des événements dans les pays en question, en imposant la vision géopolitique de ses financeurs, plus particulièrement l'hégémonie de l'Arabie Saoudite sur tous ces pays en mal de démocratie pour les faire rentrer dans les rangs sous la houlette du Grand Calife Ibn Séoud !

Ce média outrepasse son rôle de média d’information, car en réalité il agit politiquement dans un sens : celui de son patron ! Ce qui est intolérable, parce qu’il perturbe gravement le véritable jeu démocratique en Tunisie.
Si l’on ajoute que par ailleurs la chaîne Hannibal, a cru devoir confier une émission régulière pendant tout le mois de Ramadan à Mourou, bras droit de Ghannouchi, on ne peut que constater que le mécanisme électoral en Tunisie n’est pas sain, et que sur ce terrain ni la haute commission, ni le gouvernement n’ont agit. C’est regrettable.


Rachid Barnat

Démission de Khanfar le PDG d'Ajazeera. : M. Khanfar, considéré comme proche des Frères musulmans, était accusé par ses détracteurs d'avoir cherché à donner à la ligne éditoriale d'Al-Jazira une orientation proche des milieux islamistes. Dont Ghannouchi, dont la fille et le gendre travaillent pour Aljazeera.







samedi 13 août 2011

QU’EST DEVENU NOTRE PATRIMOINE HISTORIQUE ET CULTUREL ?


Un article du Parisien paru le 11 Juillet et consacré à l’évolution touristique de Paris m’amène à évoquer le sort que fait la Tunisie à son patrimoine historique et culturel.

Dans l’article du Parisien, on rapporte, par exemple, qu’il y a une vingtaine d’années la cour du Palais Royal et celle du Louvre servaient de parking. Depuis un effort considérable a été fait pour protéger, entretenir et améliorer ces lieux et cet effort a payé puisque, du coup, les visiteurs se sont multipliés de façon considérable.

En ce qui concerne la Tunisie, mon constat est, certes, que certains projets vont tout à fait dans le bons sens. Je pense ici à la rénovation du Musée du Bardo qui va, ainsi devenir, un grand musée. C’est justice puisqu’il contient la plus belle collection de mosaïques romaines. Je pense aussi à la rénovation de certains quartiers de l’ancienne Casbah. Mais à côté de ces beaux projets et de manière générale, la Tunisie n’entretient pas suffisamment son patrimoine et ne l’utilise pas comme il faudrait.

Pire, sous le régime de Ben Ali, ce patrimoine a été dépecé par Ben Ali lui-même et sa famille qui volé et détérioré plus d’une centaine de pièces rares dans les musées tunisiens, pour la « décoration » de leurs somptueux palais et villas sortis de terre en si peu de temps ….pour les adapter à une cheminée, à une cuisine ou à une vulgaire salle de bain !
Sans parler du trafic mafieux que pratiquaient les proches de Ben Ali et à leur tête les Trabelsi, pour qui notre patrimoine national est devenu un marché lucratif. Ils volaient des pièces d’art rares parfois uniques pour les revendre à l’étranger à des collectionneurs peu regardant.

Je donnerais en ce qui me concerne, trois exemples et je pense qu’il y en aurait beaucoup d’autres à travers tout le pays.

Le premier concerne Dar Sébastian à Hammamet. Il s’agit d’une maison construite dans un immense jardin par un aristocrate roumain au début du XX° siècle et qui constitue un exemple particulièrement beau des célèbres « maisons d’Hammamet » construites à la même période, en, grande partie par la Jet Set Européenne de l’époque et qui sont aujourd’hui des demeures privées. Dar Sebastian est d’une architecture moderne mais intégrant des éléments de l’architecture arabo-andalouse. Elle a été admirée par de nombreux grands architectes qu’elle inspirera, notamment ses arcs en fer à cheval surbaissés souvent copiés.
Elle est de plus construite au milieu d’un immense parc à la végétation luxuriante qui en fait un endroit incomparable où le conte Sébastien acclimatera de nombreuses espèces végétales venues d’ailleurs. De ce parc et de la terrasse on peut admirer tout le golf d’Hammamet.
C’est cette maison et d’autres assez semblables qui ont inspiré le très beau roman de Catherine Hermary-Vielle: « Le jardin des Henderson » et des personnalités ont résidés dans cette maison : André Gide, Paul Klee et Winston Churchill qui y aurait écrit une partie de ces mémoires.
Or que constate-t-on ? Un défaut d’entretien manifeste du jardin et de la maison dont une partie des meubles qui  avaient été dessinés et crées spécialement pour sa maison par le comte Sébastian lui-même, ont disparus alors qu’ils avaient été légués par l’aristocrate roumain à la Tunisie et le peu qui reste est dans un état de délabrement attristant.
Par ailleurs cette magnifique maison et son jardin ne sont pas utilisés comme il le faudrait.
Déjà sous Bourguiba une partie du parc a été défigurée pour y installer un théâtre de plein air, masse de béton, qui reçoit le Festival Culturel International d'Hammamet. S’il fut à la hauteur de ce que les organisateurs voulaient en faire, un festival pour toutes les cultures, il finira sous Ben Ali  dans la médiocrité ou l’international laissera place à de petites troupes du moyen orient parfois d’un niveau douteux.
Par ailleurs rien n’est fait pour attirer les visiteurs dont le petit nombre sort souvent assez déçu pour les raisons que j’ai évoquées plus haut. Il y a certes quelques expositions souvent assez pauvres et mal installées alors que le lieu pourrait se prêter à de belles expositions. Il y a aussi, quelques défilés de modes et quelques colloques et concerts mais il me semble possible de faire vivre beaucoup plus ce magnifique lieu.
L’installation d’un bar agréable et d’une certaine tenue, d’un restaurant de petite taille mais de qualité au bord de la magnifique piscine ancienne, une vie culturelle plus intense permettrait d’attirer beaucoup plus de visiteurs.
Pratiquement aucune information sérieuse n’est donnée aux touristes sur cette maison et il y a donc très peu de visiteurs de cette « belle endormie ». Cela n’est pas normal.

Le deuxième exemple est moins criant mais il y a là aussi, des progrès à faire pour l’entretien et l’animation des lieux. Il s’agit du magnifique Palais du Baron d'Erlanger à Sidi-Bou Saïd. Je ne donnerai ici qu’un exemple. Quelques tableaux du baron Erlanger qui était un musicologue érudit qui a fait beaucoup pour la musique arabe mais aussi un peintre, sont présentés, mais il y a toute une pièce (l’atelier du peintre) ou s’entassent d’autres œuvres qui ne sont absolument pas mises en valeur.
Dans ce lieu qui dispose d’une immense terrasse sur la mer, un simple bar avec buvette permettrait aux visiteurs de profiter d’un paysage somptueux en buvant un verre. Rappelons au passage que avant son départ, la famille Ben Ali n’a pas hésité à s’approprier contre toutes les règles une partie du parc de ce Palais pour édifier une maison à Sid Bous Saïd, défigurant ainsi un parc magnifique qui a été amputé de son jardin du paradisiaque constitués d’un long bassin entouré de haut cyprès.

Enfin mon dernier exemple concerne les ruines romaines de Dougga, magnifiques ruines mais qui ne sont absolument pas mises en valeur et où rien n’est fait pour les faire mieux connaître.

Ces exemples montrent qu’avec relativement peu de moyens, il serait possible de dynamiser ces lieux de mémoire et de culture et que cela pourrait même entrainer un développement économique comme l’exemple de Paris que, je citai en commençant le montre.

Là encore la démocratie qui, espérons-le va s’installer, va permettre de libérer les énergies privées, va favoriser l’intervention de la société civile par l’intermédiaire d’associations.
Les jeunes tunisiens doivent aussi s’investir pour la protection, l’animation et le développement des ces lieux de mémoire et de culture.


Rachid Barnat







dimanche 7 août 2011

LE PEUPLE TUNISIEN SERAIT-IL EN FIN DE COMPTE LE DINDON DE LA FARCE ?

Cet article est publié dans Nouvel Obs + et dans Kapitalis


Je voudrai faire partager au lecteur du Nouvel observateur une analyse qui court de plus en plus en Tunisie. Une des grandes craintes de plus en plus souvent exprimée est que les gouvernements installés en Tunisie pendant la période transitoire ne favorisent clairement  le retour des anciens dirigeants, en ayant éliminé seulement Ben Ali et sa belle famille malfaisante, les Trabelsi.
Ce travail accompli le 14 janvier grâce au mouvement d’exaspération du peuple, les gouvernements successifs (Ghanouchi et Béji Caid Sebsi) feraient en sorte que les anciens, ex RCD, reviennent au pouvoir.


Cette analyse, développée dans un excellent texte paru dans Nawaat, sous la plume de Tounsi Ben Tounes repose sur un certain nombre de constations, pour le moins troublantes.
C’est ainsi qu’il écrit : 
« Plusieurs points peuvent confirmer cette théorie : Aujourd’hui ceux qui sont arrêtés, sont plus des hommes de Leila que des hommes de Ben Ali ou de l’État. Si on reprend la liste des membres du comité central du RCD, 90% d’entre eux ne sont pas inquiétés, ils sont à leurs postes sinon mieux placés, à commencer par le président par intérim M. Mbazaa et les 10% restants sont arrêtés, en fuite ou vont être arrêtés parce qu’ils sont les hommes des Trabelsi.
Durant ces derniers mois, je me suis posé la question suivante, qu’elle est la différence entre El Matri, Mabrouk, Chiboub et Zarrouk ? En théorie, ils ont fait les mêmes choses, ils ont eu le pouvoir, ils ont eu la folie des grandeurs, ils se sont sentis au dessus des lois et ils ont tout raflé (Banques, assurances, télécom, grande distribution, concession voitures, immobilier, terrains, agricultures, etc.…) mais en pratique il n y a que El Matri qui est étiqueté Trabelsi et pour ça, il va boire toute la tasse tout seul. »


La justice qui normalement doit être indépendante, donne depuis quelques temps, de très mauvais signes de corruption et de soumission au pouvoir par un grand nombre de décisions pour le moins surprenantes concernant des anciens du RCD et des proches de l'ex famille régnante.
Les tunisiens n’accepteront pas longtemps ces dérives.

En effet, la justice se montre étonnement indulgente envers beaucoup d’anciens dirigeants autre que ceux appartenant à la famille Trabelsi, comme si, effectivement les seuls à devoir être éliminés de la scène politique tunisienne sont ceux du clan Trabelsi.

Autrement comment expliquer certains cas arrêtés pour haute trahison et quelque temps après les tunisiens les voient remis en liberté par leur juge. Bénéficient-ils de complicité à l’intérieur du ministère de la Justice ?  


Des avocats, le groupe dit "Des 25", sont montés au créneau pour contester ce comportement de la Justice. (Voir dans Kapitalis).
Voici ce qu’en dit leur porte parole Me Anouar el-Bassi : « Avant, nous parlions d'une absence de volonté de la part du gouvernement provisoire de poursuivre les gens qui ont aidé Ben Ali à pérenniser sa dictature. Aujourd'hui, nous parlons d'une décision claire de protéger les criminels de l'ancien système ! »
(Voir aussi : Rue 89)

Laxisme ou complicité du gouvernement de BCS ?

Des juges corrompus, sont promus ..... et continuent à servir les hommes du RCD dont ils ont acquitté bon nombres.... C'est un véritable pied de nez aux tunisiens qui réclament une Justice intègre débarrassée de ceux qui l'ont salie par leurs pratiques mafieuses. Comment se fait-il que les ministères de la Justice comme celui de l’Intérieur n’aient toujours pas fait le ménage au sein de ces ministères régaliens et dont les tunisiens attendent beaucoup pour accorder leur confiance à la Justice et à la Police et retrouver la sérénité ?

Le comité de Yad Ben Achour a établi une liste des membres de l’ancien RCD déclarés inéligibles.
Seulement le gouvernement refuse de rendre publique cette liste sous prétexte de préserver la famille de ces personnes. Mais alors comment les tunisiens pourront-ils contrôler l’effectivité de cette résolution ? Et s’ils ne le peuvent, qui contrôlera ?

En second lieu le fait d’avoir permis l’existence d’une centaine de partis (une véritable folie!) qui permet à d’anciens du RCD de se recycler et qui entraine une division nuisible.

Beaucoup des désordres constatés dans le pays et contre lesquels la police reste étonnamment passive, s’expliqueraient aussi assez bien par cette thèse.

Un homme politique d’envergure et qui a le respect de beaucoup de Tunisiens, Ahmed Mestiri, ne dit pas autre chose sur le site de Nawaat. Et venant de quelqu’un qui est un fin connaisseur de l’histoire récente du pays cela ne peut laisser indifférent. 


Dans le fond, il faut aussi se dire que ce scenario où l’on verrait revenir au pouvoir d’anciens du RCD recyclés et des membres d’Ennahdha aurait tout pour plaire aux Etats-Unis et à l’Arabie Saoudite. Arabie Saoudite qui peut tirer les ficelles du RCD et d’Ennahdha, ayant donné l’asile au chef du premier et finançant le parti du second. Ces deux là, ne sont-ils pas la face d’une même pièce ? Les tunisiens sont-ils condamnés à être les otages de l’un ou de l’autre ?


Il n’y aurait, dans ce cas, que le peuple tunisien qui serait trompé, que l’on priverait de la réelle volonté qu’il a exprimée en se révoltant, à savoir l’élimination des anciens du RCD.
Le peuple laissera-t-il faire et acceptera-t-il de se laisser tromper ainsi ?

Car s'il n’y a pas le changement escompté depuis le 14 janvier, il n'y aura pas, de si tôt, de nouvelles occasions  de le faire. En effet, les forces en place, alliées aux religieux, instaureront un régime encore plus dur que celui d'avant. Et là c'en sera fini des rêves de démocratie et de liberté pour les tunisiens !

On peut craindre, et c’est sans doute le pari des ex-RCD, que ce peuple n’ait plus le courage et surtout l’envie d’en découdre à nouveau.

Cependant cette analyse pessimiste qui voudrait que le système se survive à lui-même ne paraît pas inévitable. La question des ex-membres du RCD est en réalité une question que toutes les révolutions ont connue. Que doit-on faire des  participants à l’ancien régime ?
Le Général de Gaule a été confronté à ce dilemme après la Libération et sa décision a été de conserver un certain nombre de cadres de l’ancien gouvernement.
La Tunisie peut-elle se passer des tous les anciens du RCD ? Cela paraît difficile puisqu’ils occupaient tous les postes à tous les niveaux de l’Administration. Que dés lors, on doive faire avec, cela paraît inévitable ; sauf à renvoyer les plus hauts responsables politiques et ceux de la haute administration, connus pour leur corruption active.
Cela ne signifie pas que ceux qui resteront en place, commettront les mêmes errements que par le passé. Ils savent que le peuple veillera, que la liberté d’expression acquise ne cessera pas et que les abus seront dénoncés publiquement, ce qui les rendra beaucoup plus difficiles.

Ce n’est qu’une fois un gouvernement sorti des urnes, sera en place, que les ministres feront le ménage à l’intérieur de leur ministère pour « dégager» ceux qui ne doivent leur poste qu’au copinage et non à leur compétence réelle ou à leur diplôme. Il y aura beaucoup à faire, quand on sait que l’ancien régime fonctionnait sur le mode clientéliste en distribuant les postes pour service rendu. De cela les tunisiens n’en veulent plus. Ils veulent voir dans leurs administrations des gens qualifiés et diplômés ; ce dont la Tunisie ne manque pas.

Enfin les vrais partis d’opposition devraient impérativement s’unir pour avoir une place dans la prochaine vie politique et contrebalancer l’éventuel retour des anciens. 
Et pour faire front aux partis rétrogrades.


Rachid Barnat

Lire " Les services secrets " l'article de Donia Gribaa
et Un gouvernement qui manipule la justice peut manipuler les élections !


PS : illustration par Saida Agrebi
                             L'affaire de la liste cachée


vendredi 5 août 2011

LES TUNISIENS DOIVENT SE PASSER DES PARTIS RELIGIEUX

UN PARTI RELIGIEUX PEUT- IL ETRE MODERNE ?

Cet article est publié dans : Kapitalis  et dans Ifriqya Magazine
Voir aussi l'analyse de Abdel Samad et 
les excellents articles d'Amna Mnif , d'Eliès Jouini et de Sadok Belaid


Pour lutter contre le colonialisme, les premiers mouvements de résistance furent tous "religieux". Leurs leaders étant "sortis" d'universités religieuses (El Azhar, pour l'Egypte; la Zitouna pour la Tunisie...) : sans grand succès.

La génération d'après (Nasser, Bourguiba, Farhat Abbas…), plus "politisée" parce que "sortie" des écoles coloniales, développeront le nationalisme qui aboutira à la libération de leur pays.
Pourtant entre ces deux générations il y a eu des querelles à propos de la modernité. Que les anciens refusaient parce qu’elle est « imposée » par les occidentaux, leurs colonisateurs.

Pour s'affirmer face à l'occident et plus particulièrement face à leurs anciens colonisateurs, certains pays nouvellement libérés, adhéreront au panarabisme de Nasser.... qui n'a pas eu le succès escompté.

Alors face à cet échec et devant la dictature des régimes en place, un nouveau repli sur soi "religieux" va se mettre en place progressivement, avec toujours en ligne de mire « la modernité » et le rejet de l’Occident. Il touchera en premier l'Egypte, qui inspirera d'autres pays comme la Tunisie. Il se radicalisera jusqu’à assassiner le président  Anouar El Sadat. En Tunisie il se radicalisera sous Ben Ali ....

Mais est-ce que devant chaque échec imputable à leurs chefs, les peuples sont condamnés à se refermer sur eux mêmes sous prétextes que tous leurs malheurs sont dus aux occidentaux ? Pour espérer une amélioration de leur condition comme le leur proposent les « religieux » dont l’unique programme est la chariâa et l’unique discours est le rejet de l’Occident et de sa « modernité » ? Alors que nous savons qu'ils ne leur ont jamais été d’un grand secours, ni permis un quelconque progrès à leur pays ?

Ces « religieux » auraient-ils un complexe vis-à-vis de l’Occident et de sa « modernité » ? Autrement comment expliquer que les plus farouches d’entre eux se sont réfugiés souvent en Occident (El Banna à Genève, Ghannouchi à Londres…), y élèvent et scolarisent leurs enfants ? Sont-ils schizophrènes à ce point ?
Comment se fait-il que Ghannouchi ait choisi pour son exil l’Angleterre ? Comment se fait-il qu’il ait envoyé sa fille faire des études dans les meilleures universités occidentales ? N’y aurait-il pas un paradoxe de la part de quelqu’un qui inclut dans son discours le dénigrement de l’occident et de sa « modernité » ?

L’Histoire nous apprend que les civilisations naissent, progressent et atteignent leur apogée ; puis un jour elles régressent. Et le propre de l’homme est toujours d’aller vers ce qui lui semble un mieux pour lui, en se rapprochant de la civilisation la plus avancée, donc la plus « moderne » ou de ce que certains appellent dédaigneusement la « modernité » ! Je suppose que c’est ce que vont chercher en occident, ceux qui le dénigrent !

Ce que Bourguiba, clairvoyant, a bien compris quand il a éduqué les enfants tunisiens dans une double culture, sans complexe vis-à-vis de la France, car il faisait le distinguo entre la Politique de la France et sa Culture ! Il y voyait une richesse pour son pays. L’homme n’était pas parfait. Certes, il s’est même des fois trompé et a fini en dictateur. Mais faut-il pour autant le dénigrer et rejeter tout ce qu’il a apporté de positif à son pays ? C’est un fait, la Tunisie s’est ancrée dans la modernité grâce à lui. Modernité dont ont bénéficié les jeunes révoltés et leurs parents, plus particulièrement leurs mères ; et qui a permis la révolution du 14 janvier.

Modernité dont ont profité aussi ceux-là même qui la dénigrent, incapables d’en faire autant, préférant la critiquer dans des discours rétrogrades et revanchards comme ceux de leurs prédécesseurs.

Et voilà qu’Ennahdha arrive en opportuniste pour récupérer la révolution des jeunes tunisiens avec un discours religieux qu’il assure cette fois-ci « épuré » et « moderniste »  pour rassurer ceux que le salafisme effraie ! Ceux qui prétendent le parti Ennahdha « moderne », se trompent !

Quand on n’a comme programme que la chariâa à proposer aux tunisiens pour régler tous leurs problèmes,
comment ce parti peut-il prétendre se moderniser ? Il est certain qu’il n’a pas élaboré d’autres politiques depuis qu’il existe, puisqu’il n’a rien d’autre à proposer. Car en tant que salafiste, il se renierait que « d’innover » en quelque domaine que ce soit : puisque les « salafiyoun » ont tout commenté et légiférés sur tout au cours des deux premiers siècles !

Autrement, où serait la modernité dans ce que propose Ghannouchi aux tunisiennes : de les renvoyer à leur foyer pour résorber le chômage des hommes ? D’instaurer la polygamie, pour résorber  le nombre de« femmes restées célibataires » et lutter contre la dénatalité par la même occasion…. ? C’est d’un cynisme effrayant !
Or il faut rappeler les revendications pour lesquelles des jeunes tunisiens se sont sacrifiés : LIBERTE, DIGNITE et TRAVAIL !

La Tunisie a étonné le monde entier par sa révolution spontanée du 14 janvier, pour une fois "sortie" du peuple sans encadrement politique ni religieux.... Ne peut-on laisser ces jeunes la mener à bon port sans leur ressortir les vieux schémas archaïques et improductifs du passé ?

Les tunisiens ont suffisamment d’hommes et de femmes « civils » de qualité pour moderniser leur pays et l’arrimer au monde démocratique. Il faut juste que les partis rétrogrades leur foutent la paix ! Nous avons suffisamment d’exemples de pays où les religieux ont pris le pouvoir et qui se sont révélés néfastes et liberticides à leur peuple : Pakistan, Afghanistan, Somalie, Soudan,….. sans parler des pays du Golf et de l’Arabie Saoudite.  

Et comme par hasard, les religieux de ces pays qui prétendent « sauver » leurs pays de l’emprise de l’Occident, sont  tous d’obédience salafiste ! Sauf que les plus nantis d’entre eux, investissent leurs pétrodollars en ……. Occident !
Il y a comme un paradoxe qui j’espère fera réfléchir ceux qui veulent pour la Tunisie comme modèle, les pays du Golfe et à leur tête l’Arabie Saoudite.

Alors de grâce les « religieux », épargnez-nous les discours passéistes à propos de la modernité et cessez d’imputer tous les problèmes de la Tunisie à l’Occident, faute de programme sérieux ! Même les Saoudiens que certains veulent nous donner en exemples, investissent massivement en Occident où les plus riches d’entre eux possèdent des palais dans les endroits les plus huppés, preuve s’il en est besoin, qu’ils ne crachent pas sur l’Occident ni sur sa "modernité".

Rachid Barnat





PS : Bien vu monsieur professeur Jouini. Que la commission de Yadh Ben Achour revoit donc sa copie : nous n'avons nullement besoin de mettre dans la constitution "musulman" et "arabe" comme nous n'y mentionnerons pas que nous "respirons" non plus !

NB : lire l'article du Dr Faiçal Mehrez et surtout ses commentaires.








mercredi 3 août 2011

DÉFINITION DU SALAFISME

Le salafisme est un mouvement sunnite revendiquant un retour à l'islam des origines, fondé sur le Coran et la Sunna. Aujourd'hui, le terme désigne un mouvement composite fondamentaliste, constitué en particulier d'une mouvance traditionaliste et d'une mouvance djihadiste (comme Al Kaida du saoudien Ben Laden). Toutes ces mouvances affirment constituer la continuation sans changement de l'islam des premiers siècles.

Étymologiquement, « salafisme » (en arabe : السلفية as-salafiyya) provient du mot salaf, « prédécesseur » ou « ancêtre », qui désigne les compagnons du prophète de l'islam Mahomet et les deux générations qui leur succèdent. Les salafistes interdisent toute remise en question de la chariâa (somme des exégèses) des deux premiers siècles de l'islam. Puisqu'elle est due aux "salafiyouns" ((les prédécesseurs) que forment "Es'sahaba" (les compagnons du prophète) et les premiers califes, et de ce fait elle est SACRALISÉE par les salafistes. 


PS : le "djihad" a deux acceptions :
- l'effort intellectuel, ce qui correspond à l’exégèse du texte coranique; et 
- la lutte ou la guerre sainte. 

Ici le terme "djihadiste" s'entend guerre expansionniste pour diffuser l'islam de la mouvance wahhabite, dont il faut se rappeler le deal passé entre le fondateur du wahhabisme et le chef guerrier de la tribu Ibn Séoud : l'un reconnaissant le pouvoir temporel à l'autre, charge à celui-ci de diffuser le wahhabisme, plus exactement le "wahhabisme saoudien"; car cette doctrine est basée sur cette alliance entre le pouvoir politique et financier  des Ibn Saoud et l'autorité religieuse de Mouhammad Ibn Abd al-Wahhab.Doctrine qui perdure encore par le financement de plusieurs chaînes de TV religieuses et la formation de plusieurs "cheikh" (prêcheur), aussi bien en Orient qu'en Occident, sans parler du financement des mosquées, d'écoles coraniques et d'université religieuses partout dans le monde.

Rachid Barnat



AUX TUNISIENNES ABSTENTIONNISTES : votez utiles.

Un appel d'urgence à toutes les femmes libres : que les hommes s'abstiennent de s'inscrire, à la limite on peut le comprendre, ils n'ont pas beaucoup à perdre.....quoique... Mais que les femmes ne se mobilisent pas pour défendre leurs droits, pour se préserver des risques liés au fanatisme.....c'est bizarre !! Il y a au moins 3 millions de femmes en âge de voter !! Vous avez encore quelques jours pour vous inscrire, pour ne pas laisser les autres choisir un destin obscur pour vous...Le jour où vous perdrez tous vos droits et qu'on vous ramènera au statut de la femme d'avant l'indépendance (polygamie, répudiation, femme au foyer, obligation du voile voir du niqab, restauration du statut de "mineure" soumise aux autorisations des hommes....), vous ne pourrez en vouloir qu'à vous-même.... Alors inscrivez-vous !!
Rachid Barnat


P.S : Pour celles qui hésitent à s'inscrire, découragées par la centaine de partis en lice, qu'elles fassent leur devoir en votant contre les partis qui veulent leur rogner leur liberté et substituer la chariâa au code civil.

lundi 1 août 2011

LA TUNISIE DANS LE JEU GEOPOLITIQUE DE L’ISLAM

Cet article a été publié dans : Le Nouvel Observateur +  et dans : Kapitalis

L’agitation introduite avec violence et rapidité par Ghannouchi dans la société tunisienne depuis son retour de son exil londonien, a son origine dans une guerre d’influence  entre deux tendances diamétralement opposé entre sunnites et chiites.

Un rappel historique :
A la mort du prophète Mohammed, son compagnon Omar Ibn El Khattab qui sera le premier calife a dit : " Que ceux qui ont adoré Mohammed, sachent qu’il est mort, et que ceux qui ont adoré Dieu, sachent qu’il est éternel ".
Ce qui n’a pas plu à la famille de Mohamed qui prétend que le pouvoir que détenait le prophète comme chef temporel lui revient. Mohamed n’ayant aucun fils vivant, elle décide que ce pouvoir échoit à son gendre Ali.

Ceux qui ont suivi Ali ont crée une scission appelée « chi’â » parce qu’ils lui ont fait allégeance (« châya’oû » Ali). Une guerre de succession aura lieu avec batailles sanglantes entre les
deux clans : les héritiers de Mohamed et ses successeurs les « sa’haba » (compagnons).

Ali, sa famille et ses sympathisants se sont finalement réfugiés dans l’actuel Irak. Où les fils d’Ali, El Hassan et El Hussein seront assassinés. Ainsi il ne reste plus de descendant mâle au prophète
Mohamed.
Depuis, deux mouvements islamiques mèneront le monde musulman avec tantôt la domination de l’un, tantôt la domination de l’autre.

Ces deux courants de l’Islam se distingueront par les sources utilisées pour écrire le droit musulman :
1 - les Sunnites : dont la doctrine s’appuie sur 4 sources :
-  sur le Coran, puis pour les cas non directement évoqués dans le Coran, ils utilisent
-  la « sunna » qui est la conduite du prophète dont les actes ont valeur de loi. D’où leur appellation de « sunnites ». La « sounna » étant elle-même l’ensemble des « hadiths » du prophète (somme de ses
commentaires) + « es’sira » du prophète (ses faits et gestes). Puis
-  le consensus des jurisconsultes musulmans « Al ijma’â ». Puis finalement
- la déduction juridique « Qiyas » du jurisconsulte, à condition qu’elle ne contredise pas les 3 références précédentes.

Il existe d’autres sources de références selon les écoles sunnites « madhhab » (obédience). Les 4 principales écoles étant le malékisme, le hanafisme, le chafiisme, et le hanbalisme dont une manifestation récente est le wahhabisme et le salafisme.

2 - les « chi’ites » : pour qui après l’assassinat d’El Hassan et d’El Hussein, ceux-ci devenant leurs martyres emblématiques ; le pouvoir spirituel dont bénéficiait la famille du prophète sera transmis par
Dieu à des Ayatollah (aya = preuve) dont le nom se traduit par « preuve de Dieu sur terre ». Ce qui leur donne un pouvoir spirituel d’essence divine.

Et ayant rappelé cela, il est clair que « Ayatollahs et fatwas » ne sont que de pures créations humaines, ce qui choque profondément les sunnites.
Ces deux tendances se considèrent mutuellement comme « illicites et impies » par leur idéologie fondatrice même. D’où les guerres qu’ils se font depuis toujours au nom d’Allah et qui ne sont, de toue évidence, que des guerres humaines pour le pouvoir.

L’aire d’influence de ces deux tendances religieuses se traduit géographiquement depuis quelques siècles par la répartition suivante :
-  Sunnites : au Moyen Orient, en Afrique de l’Est et en Afrique du nord jusqu’en Espagne.
-  Chi’ites ; en Iran, une partie de l’actuel Irak et un peu tout autour (Syrie…).

Pour les sunnites il y aura plusieurs écoles d’interprétation du Coran sur la base des « hadith + sunna du prophète », qui donneront le droit musulman sunnite. Dont voici les plus importantes :
-  Ecole malikite, école suivant l’Imam Malik Ibn Anas : très dominante en Afrique du Nord, basée sur "l'ijtihad" (exégèse) permanent et utilisant pour cela la dialectique de la "philosophie;
-  Ecole hanbalite, école de l’iman Ahmed Ibn Hambal, qui prône l’origine divine du droit : très dominante en Arabie et tout autour, excluant la dialectique philosophique, préfèrent la rigueur textuelle.

Pour l’Imam Malek en gros, il préfère légiférer au cas par cas et « philosopher » à la manière des philosophes grecques pour trouver la solution à ce qui n’est pas clairement exprimé….
Le malikisme est ancré en Tunisie depuis des siècles. La Grande Mosquée de Kairouan appelée aussi mosquée d’Oqba Ibn Nafi, était réputée depuis le IX éme siècle pour être l’un des plus important centres d’enseignement de la jurisprudence malikite.

Tandis que pour l’Imam Ahmed Ibn Hambal, au contraire il veut tout anticiper et réguler en ne se basant que sur une interprétation « textuelle » du Coran et de la sounna, sans « philosopher ».

L’école hanbalite donnera naissance à un mouvement plus rigoriste « les salafiyuons » (les prédécesseurs ou les ancêtres, c'est-à-dire les compagnons du prophète et les deux générations qui leur succédèrent) qui ont décidé qu’il n’est plus nécessaire de faire d’exégèse (Ijtihad) puisque tout a été dit, tout a été commenté et tout a été légiféré…il ne reste au souverain qu’à appliquer la chariâa (le Droit) somme de tout le travail fait par les « salafiyuons ».
Un imam d’Arabie du nom de Mohamed Ibn Abdel Waheb va encore durcir le salafisme, puisqu’il va le rigidifier par une lecture encore plus stricte et « textuelle » du Coran et de la sounna, mais aussi de la
charia. L'intention de cet Imam était de ramener l'islam à sa pureté d'origine. Ses fidèles rejettent toute tradition extérieure au Coran et à la sunna et refusent le culte des saints. D’ailleurs la plupart des
musulmans se désolidarisent de ce mouvement qu'ils considèrent comme sectaire et extrémiste.
Il va codifier tout du comportement que doit avoir un musulman, au quotidien ! (Conduite, tenues vestimentaires burqa, niqab, barbes pour les hommes au henné si possible pour reprendre le critère de beauté masculine répandu à la Mecque et adopté par le prophète Mohamed lui même…..jusqu’à s’immiscer dans les rapports intimes du couple pour leur dicter leurs conduite).

Il fera un pacte avec le roi Abdel Aziz Ibn Saoud : il soutiendrait le pouvoir temporel du roi Ibn Saoud en contre partie il s’occupera du pouvoir spirituel du royaume. Il décrétera que toute atteinte ou contestation de la famille Ibn Saoud gardienne des lieux saints (Médine et la Kaaba…) sera assimilée à la « fitna » (zizanie) et donc sacrilège et punissable comme tel, assurant à cette monarchie l'intouchabilité. Ce qui fut convenu et que la famille royale perpétue encore en propageant le wahhabisme par tous les moyens, TV comprises ; et en le finançant.

Sauf que les guerres de ces deux tendances vont reprendre de plus belles pour une hégémonie la plus étendue possible. Ce sera à qui mieux mieux….
Le pétrole, et la richesse qu’il va induire, va faire que la puissance financière et hégémonique :
-  du sunnisme, sera l’Arabie Saoudite,
-  du chiisme, ce sera l’Iran.

Les guerres en Afghanistan vont donner l’occasion au salafisme de se propager dans la région grâce à Al Ka'ida (Ben Laden est saoudien et de culture wahabite). De retour chez eux beaucoup de combattants venus aider les afghans, et venant d’Afrique du nord, vont importer le salafisme dont ils se sont imprégnés là-bas, aussi bien en Algérie qu’en Tunisie.
Le salafisme se propagera plus facilement dans les pays déstabilisés ou en guerre comme dans le Pakistan, l'Afghanistan, le Soudan, les pays balkaniques et en Tchétchénie, financé toujours par les pays du Golfe.
Mais aussi en Europe dans les quartiers dits "difficiles" parmi les populations "délaissées" et plus particulièrement parmi des jeunes en perte de repère, contents de "retrouver", pensent-ils, leur identité
musulmane.... dans un salafisme complètement étranger au rite de leur parents, mais seule "disponible" sur le terrain grâce à un prosélytisme agressif et au financement de l'Arabie Saoudite et autres pays du Golfe.

Et depuis l’étranger, ils n’ont cessé de faire du prosélytisme au salafisme version wahhabite.
La guerre en Irak va donner l’occasion au « chiisme » de se propager au Moyen Orient mais aussi au Liban et en Palestine (Hisb’Allah….)

Sous Bourguiba puis sous Ben Ali, un mouvement d’opposition religieux s’est installé petit à petit en Tunisie. Il se radicalisera suite aux répressions dues aux deux présidents.
Certains des fondateurs de ces partis religieux partiront en exil en Angleterre ou en Arabie Saoudite. 
Financés et soutenus par les pays du Golfe et par l’Arabie Saoudite, où séjournera durant son exil Abdel Fatah Mourou, cofondateur d'Ennahdha. En retour, ils ont adopté le salafisme de ces pays jusqu’au wahabisme, son expression la plus radicale, pour l'importer en Tunisie.
 
Après la révolution des jeunes tunisiens, ils sont rentrés en masse avec à leur tête le fondateur de leur mouvement Rached Ghannouchi, et en opportunistes, ils tentent de s’emparer de la révolution des jeunes tunisiens, qui nous le savons n’a jamais été « religieuse », pour tenter d'instaurer un régime comme en Arabie Saoudite qui les finance.

Si les tunisiens se laissent faire, la Tunisie passera sous influence de l’Arabie Saoudite et d’autres pays du Golfe, qui nous exporteront leur mode de vie, leur mode de pensée et leur mode vestimentaire….
Or nous savons ce qu’est le wahabisme dont souffre en premier les saoudiennes !

Et voilà comment notre Tunisie d’obédience malékite, c'est-à-dire tolérante, pacifiste, pratiquant l’exégèse permanente voulue par le Coran et ne donnant aucun pouvoir à un clergé autoproclamé de réguler sa foi, va tomber dans le salafisme des islamistes, connu pour son intolérance, son dirigisme et sa violence au point de heurter nos traditions religieuses par leurs comportements et leurs tenues
vestimentaires d'importation saoudienne qui font injure aux tenues traditionnelles des tunisiens (la jebba) et des tunisiennes (le safsari, la lahfa, la foute, la tagrita….).

C’est à tous les tunisiens de faire barrage au salafisme envahissant et surtout liberticide, qui n’a aucun fondement divin mais résulte uniquement d’un combat humain pour le pouvoir et ne correspond en aucune manière à la longue tradition tunisienne. Car sous couvert de religion, les salafistes font de la politique.
Derrière ces partis islamistes se cache une volonté d'hégémonie saoudienne sur notre pays.

Rachid Barnat

Voir Le Ressentiment, documentaire qui illustre le propos. 
Et pour 4,99 euros on peut télécharger Le Film du documentaire


Voir aussi Voilà comment on endort les peuples avec la religion pour les détourner de leurs vrais problèmes : Ce monsieur dénonce la main mise du monarque saoudien sur les médias qu'il finance pour diffuser par parabole dans tout le monde arabophone et musulman, des émissions religieuses à longueur de journée, animées par des pseudos cheikhs recrutés il ne sait où, et dont la " starisation " en fait de riches millionnaires. Le but de telles émissions est d'abrutir les téléspectateurs de " conseils " sur leur vie quotidienne, pour les conformer à la chariâa afin de distinguer entre le " h'ram " (illicite) et le " h'lal " (l'illicite) dans tous leurs actes, en faisant de la religion le nouvel opium des peuples. Le but ultime de telles émissions, est de soumettre tous les téléspectateurs à une seule vision de l'Islam : celle que prône le monarque saoudien : " le WAHHABISME " et de permettre ainsi à L’Arabie Saoudite d’étendre son hégémonie sur ces peuples. Or nous savons que cette obédience salafiste lui est favorable, puisqu'elle le reconnaît comme étant le légitime gardien des lieux saints, donc le légitime chef spirituel de tous les musulmans ! Inondés  par de telles émissions depuis les années 60 grâce aux paraboles, l'effet dévastateur sur les peuples est dramatique : une léthargie endémique doublée d'un obscurantisme grave. Avec une absence totale de vie culturelle et intellectuelle autrement plus utile pour ces peuples.

Voir aussi : Les liaisons dangereuses entre l'Occident et l'Islam wahhabite